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Précarité et santé mentale : la FEF lutte pour le bien-être étudiant

Étudiante et responsable campagne à la FEF (Fédération des étudiants et étudiantes francophones), Lenaïk Dumont défend un enseignement supérieur accessible à tous et toutes de qualité, tout en luttant contre la précarité étudiante. Rencontre avec une militante attentive au bien-être du public étudiant.

Quel constat ou signe d'alerte vous a poussé à renforcer votre communication autour du bien-être étudiant ces dernières années ?

Depuis toujours, je m'intéresse de très près au bien-être des étudiants et étudiantes. Mon expérience pendant la période de la Covid, alors que j'étais encore en secondaire, m'a frappée. Je constatais déjà à cette période que le public étudiant des universités et hautes écoles se retrouvait perdu, isolé chez soi ou dans un kot. Bien que ma vision de la situation par rapport à la Covid était différente des étudiants et étudiantes en enseignement supérieur, je percevais déjà les difficultés auxquelles ils faisaient face.

C’est en entrant moi-même dans l'enseignement supérieur que j'ai réalisé que la période de la Covid et les études supérieures n'étaient clairement pas compatibles. Suivre des cours à distance était compliqué, beaucoup d'étudiants souffraient de cette situation. De plus, la santé mentale reste un sujet tabou dans notre société, contrairement à ma génération d'étudiants qui est plus attentive à cet aspect.

C'est un sujet dont il est essentiel de parler, car c’est notre santé mentale qui façonne ce que nous sommes. Il est donc crucial de ne pas sous-estimer son importance.

Ensuite, nous remarquons actuellement une augmentation du nombre d'étudiants et étudiantes en situation précaire, qui se retrouvent contraints de travailler pour financer leurs études et leur nourriture ! Prendre soin de sa santé mentale a aussi un prix et c’est un aspect que nous mettons en avant régulièrement.

Si je prends mon exemple, un entretien psychologique d’une durée de 50 minutes me coûte généralement 50 euros, mais je ne suis remboursée que de 20 euros. Cela représente environ 100 euros par mois, ce qui pèse lourd dans le budget d'un étudiant ou d’une étudiante.

Se faire aider et prendre soin de sa santé coûte cher, et nous luttons également  pour qu'il y ait davantage de psychologues dans les établissements afin de garantir un meilleur soutien aux étudiants. Nous voulons que chaque étudiant puisse se concentrer sur sa mission principale : étudier.

Nous nous attaquons aux causes des problèmes, comme le stress lié aux délais. Si un étudiant est préoccupé par une échéance, nous rencontrons le professeur. Si un autre étudiant a des difficultés à se nourrir convenablement, nous travaillons à ouvrir des cantines proposant des repas à 2 euros.

Notre mode d’action principal pour lutter contre la précarité étudiante est de renforcer le pouvoir d'agir de la communauté étudiante, afin qu'elle puisse revendiquer des changements.

Comment identifiez-vous les besoins réels des étudiants et étudiantes concernant la santé mentale, la précarité et la surcharge académique ?

Au sein de la FEF, nous menons des enquêtes via un baromètre qui collecte des informations sur le public étudiant, comme leur établissement, s’ils reçoivent une bourse ou si leurs parents les aident financièrement. Ce baromètre inclut également des questions sur la santé mentale, les violences sexistes et sexuelles, etc.

Nous élaborons nos campagnes à partir de leurs retours, mais aussi grâce aux Conseils étudiants, qui réalisent des enquêtes internes dans certains établissements, comme le « Balance ton campus ».

Nous le diffusons également sur nos réseaux sociaux et notre site Internet ce qui nous a permis de recevoir autour de 1700 réponses.  

Quand les témoignages étudiants orientent l’action

Comment déterminez-vous qu’un enjeu requiert une action politique ou institutionnelle au-delà d’une simple démarche de sensibilisation ?

La sensibilisation et l’action politique sont indissociables dans notre démarche. Nous allions sensibilisation et action politique, en insistant sur le fait qu’on peut toujours faire mieux. Par exemple, concernant le minerval à 1200 euros, nous informons les étudiants et étudiantes sur l'importance de ce sujet tout en dialoguant avec les acteurs politiques.

Pouvez-vous citer un exemple concret d’action menée par la FEF qui a contribué au bien-être étudiant ?

De manière générale, nos actions contribuent directement au bien-être étudiant. Par exemple, le décret « Paysage » avait généré une grande source de stress pour la population étudiante. Celle-ci était paniquée à l’idée de devoir calculer le nombre d’années restantes pour valider leurs études, sous peine d’être exclue ! Pour y répondre, nous avons mené une campagne concrète : nous avons informé le public étudiant tout en manifestant dans les rues et avons également participé à des concertations pour donner notre avis. Bien que le décret ait été voté, nous avons réussi à obtenir un moratoire permettant aux étudiants et étudiantes de conserver ou rattraper leur finançabilité et de finir leurs études.

Quelles sont, selon vous, les priorités urgentes à mettre en œuvre pour améliorer concrètement le bien-être étudiant en Belgique francophone ?

De nombreuses mesures pourraient être mises en place, mais l'une des plus urgentes serait d'assurer un enseignement public gratuit et de qualité. Le minerval à 1200 euros montre que cet objectif est encore loin d’être atteint, mais il est crucial d'augmenter l’aide financière pour les étudiants et étudiantes afin de rendre leur parcours académique plus supportable qu’il ne l’est actuellement.

Propos recueillis par Maureen Delmotte (stagiaire au sein de la Direction de la communication et de l'informatique)
 

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