La 7e édition du Prix Philippe Maystadt récompense cinq travaux
Ce mardi 10 février 2026, l’ARES a remis, pour la 7e fois, le prix Philippe Maystadt. Ce prix, organisé en partenariat avec le journal Le Soir, récompense les meilleurs travaux de fin d'études menés sur l'enseignement dans une perspective innovante. Son objectif est de valoriser et stimuler la recherche dans le domaine de l'enseignement.
Le jury, présidé par Yvon Englert, ancien recteur et professeur émérite à la faculté de médecine de l'ULB, a examiné 52 candidatures. Parmi celles-ci, trois prix ont été décernés : le prix « Bac », le prix « Master » et le prix « Doc ». En outre, deux mentions spéciales ont été attribuées.
Prix Bac
Florence Willème (Haute École Lucia de Brouckère) est récompensée pour son travail en bachelier : instituteur primaire : « Comment enseigner l'esprit critique à l'école primaire? Comparaison entre la première et la sixième année de l'enseignement fondamental ».
Ce TFE analyse comment stimuler et développer l’esprit critique dès l’école primaire. Face à l’essor de l’intelligence artificielle, des fake news, des réseaux sociaux et à la surabondance d’informations, l’école fondamentale doit adapter ses pratiques pédagogiques. Les recherches et observations menées montrent que l’esprit critique peut se construire progressivement grâce à une pédagogie active et constructiviste, valorisant la curiosité, le questionnement et le droit à l’erreur. Le cours d’Éducation à la Philosophie et à la Citoyenneté constituerait un levier important pour développer une posture critique, notamment chez les élèves plus âgés. Les cours d’éveil, s’appuyant sur la démarche scientifique, offriraient des situations concrètes favorisant l’analyse, l’argumentation et la remise en question et seraient ainsi particulièrement adaptés aux plus jeunes. L’étude met également en évidence l’importance d’un apprentissage transversal, intégré à l’ensemble des disciplines. Les expérimentations en classe montrent que l’esprit critique ne s’enseignerait pas comme un savoir isolé, mais se développerait et se stimulerait par une pratique régulière et explicite. Enfin, ce travail souligne la nécessité d’un climat de classe bienveillant pour encourager l’expression des idées et le débat.
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Les membres du jury ont par ailleurs attribué une mention spéciale à Agnese Pozzoli (Haute École de la Ville de Liège) pour son TFE en Bachelier : agrégé de l'enseignement secondaire supérieur, orientation français et éducation à la philosophie et à la citoyenneté : « L’utilisation de la pièce de théâtre Le petit chaperon Uf en CPC permet-elle un engagement transformateur chez les élèves ? Une réflexion sur la catharsis, l'empathie et la résonance ».
Ce TFE analyse une approche pédagogique innovante dans le cadre du cours de Philosophie et citoyenneté, visant à engager les élèves dans le devoir de mémoire (Shoah) à travers le théâtre. En s'appuyant sur la pièce Le petit Chaperon Uf (Jean-Claude Grumberg), le dispositif propose aux élèves de prolonger des scènes par l'écriture de dialogues, visant une prise de conscience incarnée des mécanismes de discrimination. L’objectif est double : favoriser le décentrement (se mettre à la place d'autrui) et créer une résonance pédagogique permettant d'entraîner les capacités empathiques des élèves. Les résultats démontrent que ce dispositif, bien que perfectible, suscite une véritable mise en mouvement intérieure et stimule de manière dynamique le questionnement philosophique.
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Prix Master
Elise Vanaubel (Université de Liège) est récompensée pour son mémoire de Master sciences de l’éducation : « Comment certains enseignants du supérieur font-ils évoluer leurs dispositifs pédagogiques depuis l’essor de l’intelligence artificielle générative dans l’éducation ? Étude des perceptions d’enseignants non-réfractaires à l’utilisation de cette technologie par leurs étudiants, portant sur les changements apportés (ou non) à leurs pratiques pédagogiques actives et contextualisées ».
L’essor de l’intelligence artificielle générative (IAG), comme ChatGPT, interroge profondément les pratiques d’enseignement supérieur. Ce mémoire explore comment des enseignants non réfractaires à l’usage de l’IAG par leurs étudiants adaptent leurs dispositifs pédagogiques face à cette nouvelle réalité. Les résultats montrent une volonté d’encadrer l’outil plutôt que de le bannir, en cherchant à préserver la réflexion, la créativité et l’authenticité des apprentissages. Des recommandations concrètes sont proposées pour guider les enseignants : clarifier les usages autorisés, développer l’esprit critique des étudiants et repenser les modalités d’évaluation. Ces pistes peuvent inspirer les établissements de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui souhaitent inscrire l’IAG dans un cadre cohérent et formateur, permettant de maintenir ces outils au service de l’apprentissage et non l’inverse.
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Prix Doc
Alice T’Kint (Université catholique de Louvain) récompensée pour sa thèse de doctorat en sciences de l’information et de la communication : « Construire l'intersubjectivité à distance. Étude des effets de l'explicitation des intentions techniques et pédagogiques sur l'apprentissage avec une vidéo interactive ».
L’enseignement supérieur se transforme dans un contexte de numérisation croissante. Les cours hybrides et les dispositifs interactifs occupent désormais une place centrale à l’université. Or, si les étudiants sont familiers des technologies, ils ne possèdent pas nécessairement les compétences requises pour apprendre avec le numérique. Partant de cet enjeu, cette recherche a examiné la possibilité de rendre des vidéos pédagogiques plus explicites, en intégrant des consignes visant à accompagner la manipulation de l’outil et l’adoption de stratégies d’apprentissage. Les résultats indiquent que ces instructions peuvent bénéficier à une partie des étudiants, sans pour autant compenser des inégalités plus structurelles liées à l’origine socioéconomique et aux habitudes numériques. En mettant en lumière les limites d’une réponse strictement technique, ce travail souligne la nécessité d’articuler formation au numérique éducatif et conception de dispositifs inclusifs afin de favoriser la réussite de tous.
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Toujours concernant le prix Doc, Sarah Dekeyser (Université catholique de Louvain) a obtenu une mention spéciale du jury pour sa thèse de doctorat en sciences psychologiques et de l’éducation : « Les compétences émotionnelles des futurs enseignants : une ressource personnelle pour affronter le stress et l'épuisement professionnel en stage ».
Les stages sont des moments cruciaux mais émotionnellement exigeants dans la formation initiale (FI) des enseignants. Cette thèse montre que développer les compétences émotionnelles, c’est-à-dire, la capacité à reconnaître et à gérer ses émotions, peut aider les futurs enseignants à mieux vivre ces expériences. En comprenant mieux leurs émotions et en apprenant à les réguler, ils seraient alors plus outillés contre la détresse lors de leur entrée dans le métier. Ces résultats invitent à repenser la FI : intégrer l’éducation émotionnelle permettrait de mieux préparer les futurs enseignants. Le soutien du maître de stage, souvent sous-estimé, apparaît aussi comme une ressource cruciale. Cette recherche propose donc d’enrichir la FI en valorisant les dimensions émotionnelles du métier, tout en mettant en avant la formation des maîtres de stage dans l’accompagnement des futurs enseignants.
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